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La pension du Professeur

S’il est un endroit que tous les chauffeurs de taxi connaissent à Pristina, c’est bien la pension du Professeur, sur la colline de Velania, à quelques pas de la tombe d’Ibrahim Rugova, président du Kosovo de 2002 à 2006, et leader du mouvement indépendantiste. Un quartier relativement cossu, habité par de nombreux intellectuels. Le Kitsilano de Pristina, en fait.

C’est à la pension du professeur que chercheurs, journalistes et touristes étrangers au (très) petit budget se rencontrent, pour profiter à bas coût de l’hospitalité de cet Albanais qui, au tournant des années 1990, a perdu son emploi et s’est recyclé dans le tourisme.

Mais la pension du professeur, c’est aussi l’endroit où les jeunes couples Kosovars vont joyeusement (et discrètement) décharger leurs batteries, loin de la maison familiale.

Lors de mon arrivée, à la suite d’un malentendu, je me suis d’ailleurs trompé de chambre, et me suis retrouvé nez à nez avec un couple fin vingtaine, la cigarette au bec, s’aérant les parties après une bonne joute de Monopoly.

Car ici, pas vraiment de vie privée. Les jeunes Kosovars restent à la maison jusqu’à ce qu’ils se marient. Et parfois même plus longtemps encore, ce qui tend à calmer les ardeurs, mettons.

C’est une des conséquences de l’apartheid serbe des années 1990, où les Albanais se sont vus mis à la porte des universités, du système public et de la plupart des entreprises. La plupart d’entre eux n’ont pas réussi à se trouver autre chose par la suite, et survivent de petits boulots et de pensions plutôt minimes. Leurs enfants, qui eux, ont un peu plus d'opportunités en terme d'emplois, vont cotiser au loyer et aider leurs parents à survivre.

Tout ça pour dire que la maison du professeur, à Pristina, c’est l’endroit où tout le monde va faire son tricot hebdomadaire sans que ça ne saigne trop le portefeuille, question de préserver la solidarité familiale.

Et qu’à chaque fois que je rencontre quelqu’un qui me demande où je demeure à Pristina, s’ensuit un regard étrange (et un long malaise). Puis, vient inévitablement la question (qui tue) : «Mais pourquoi là?»

Ce à quoi il faut répondre : «Oui, je sais, ça baise au premier étage, mais le troisième est pas mal plus accueillant.»

Posted on Saturday, April 11, 2009 at 05:24 by Registered CommenterFrancis Plourde | CommentsPost a Comment

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