Skopje la laide
Arrivé à Skopje, capitale de la Macédoine (ou plutôt, de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine), mardi, tard en soirée.
La Macédoine est le seul pays des Balkans qui a échappé à la guerre lorsqu’elle a demandé son indépendance, en 1991. Peu stratégique, peu importante sur le plan historique, et trop pauvre, sans doute, pour que Milosevic veuille à l’époque la conserver à tout prix. Conséquence de cette indépendance pacifique, ses habitants n’entretiennent pas de préjugés défavorables à l’égard des Serbes, comme c’est le cas dans d’autres États des Balkans. J’ai d’ailleurs croisé plusieurs Serbes depuis mon arrivée et c’est toujours le même constat : ici, les gens sont plus accueillants qu’ailleurs à l’égard des Serbes.
Une première constatation personnelle : Skopje est laide. Très laide. Tellement laide qu’elle en est drôle. Une verrue hideuse dans une région magnifique. Mais ce n’est pas de sa faute. La ville a pratiquement été détruite par le grand tremblement de terre de 1963 (eh oui, un autre…), souligné encore aujourd’hui par l’horloge sur la façade du musée de la ville, qui marque toujours la même heure, celle où la terre se mit à trembler.
J’ai passé ma première journée à arpenter Skopje. Et à rire. Il faut dire que c’était le premier avril, et que dans les rues, des dizaines de petites princesses et de petits Spiderman se promenaient avec leurs parents, prêts à s’affronter.
C’est qu’à Skopje, on se déguise pour le 1er avril. Et on fête. Très fort. La Macédoine étant en élections présidentielles, des plaisantins en ont profité pour imiter les candidats potentiels.
Ces élections, qui auront lieu demain, s’annoncent plutôt calmes, selon ce que j’ai appris d’observateurs de l’OCDE. Lors du premier tour, on craignait des altercations entre Albanais et Macédoniens, les deux principaux groupes ethniques du pays. Mais à part quelques incidents mineurs, rien n'a perturbé les élections.
Jusqu’à récemment, la minorité albanaise n’avait pas de droits reconnus, ce qui était la source de tensions dans le pays. En fait, ça a causé une courte guerre civile, en 2001. La crise s’est réglée grâce à l’intervention de l’OTAN et de l’Union européenne, qui ont aidé à la signature des accords d’Ohrid. Les accords prévoient des droits plus étendus pour la minorité albanaise.
Lorsqu’on se promène dans la ville, on peut voir une démarcation claire entre le quartier macédonien et le quartier albanais. Les églises orthodoxes font place aux mosquées. Et la langue slave cède la place à l’albanais, aux racines différentes. Si j’ai pu entendre quelques histoires horribles sur les Albanais, de qui il faut se méfier apparemment, ça ne provenait que d’une ou deux personnes, pas d'une majorité.

Mais il n’y a pas que Macédoniens et Albanais. Le pays, possède aussi une minorité turque et un nombre important de roms (plus de détails sur les roms au cours des prochains jours). Les Turcs ont d’ailleurs leur propre parti pour les élections de dimanche.
Skopje, c’est aussi la ville d’origine de Mère Teresa, fondatrice de l’ordre des Missionnaires de la charité, et que certains surnomment l’Albanaise gluante. Mère Teresa a légué certains de ses avoirs à la ville, qui en a fait un musée. Musée où l’on peut voir le sari de Mère Teresa, la table (de Mère Teresa), le lit (toujours de Mère Teresa), les lettres (de vous-savez-qui) et les photos (oui, bon on connaît la formule). Une photo fort intéressante, d’ailleurs, est celle de Mère Teresa en compagnie de Tose Proeski, René Simard des Balkans, chanteur populaire (et pacifiste) macédonien, et qui a connu une fin tragique lors d’un accident de voiture en 2007.
Bref, Skopje est une ville ordinaire. Ses gens sont ordinaires. Ses édifices sont ordinaires. Même ses grèves, comme celle que j’ai vue jeudi, semblent ordinaires. Malgré tout ce qu’elle a d’ordinaire, Skopje possède néanmoins un certain charme. C’est dans ses édifices laids que Skopje est la plus charmante. Ces édifices qui, à l’époque de Tito, étaient futuristes, modernes, grandioses, et qui, maintenant, restent là, vestiges d’une époque qui ne laissera pas sa marque par son architecture.






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