Sur les routes d'Albanie

Monté, jeudi, à bord de Won Kee, pour traverser les autoroutes de Macédoine et se rendre dans les routes montagneuses et mystérieuses de l’Albanie.

Le Kosovo fut riche en rencontres. Chris, avec qui je me suis rendu en Albanie, est l’une d’entre elles.

Chris est photographe. Depuis plusieurs mois, il traverse l’Asie en voiture, pour se rendre jusqu’en Grande-Bretagne. Il récolte des fonds pour Macmillan, UNICEF et Dyslexia Action.

Je l’ai rencontré à Skopje, et il m'a rejoint à Pristina, où il m’a accompagné pendant quelques jours lors de mes entrevues. Je prenais le son, il s’occupait des photos.

On partage le même sens de l’humour, le même esprit, la même attitude face au voyage, et nos ipods sont assez bien synchronisés.

On s’est donc retrouvés de nouveau à Skopje jeudi, et puis on a roulé jusqu’au lac d’Ohrid, pour ensuite se rendre à Tirana, la capitale de l’Albanie, pays méconnu - et aux routes parfois inexistantes.

Sur la route : les montagnes, la vie simple des Albanais, et les bunkers construits à l’époque d’Enver Hoxha, dictateur qui contrôla l’Albanie d’une main de fer jusqu’à sa mort, en 1985.

Dans nos oreilles : Malajube, Cat Stevens, Buena Vista Social Club et Zuzana Navarova.

Une expérience difficile à oublier.

Posted on Saturday, April 18, 2009 at 10:37 by Registered CommenterFrancis Plourde | Comments2 Comments

Voir Buena Vista à Mitrovica

C’était censé être l’événement de l’année à Mitrovica, ville divisée entre Serbes et Albanais, et dont le futur est plus qu’incertain.

Dans les jours précédant le concert, la fièvre de Buena Vista Social Club avait monté de plusieurs crans à travers le pays. Si bien qu’il fallait user de contacts pour se procurer des billets pour le célèbre groupe, nommé d’après le non moins célèbre club situé en banlieue de La Havane.

D’ailleurs, un peu partout dans les Balkans, les gens sont fous de Buena Vista Social Club, de Che et de Cuba. Qu’on soit à Skopje, à Pristina ou au lac d’Ohrid, c’est toujours le groupe de l’heure. Celui qui, pour le meilleur ou pour le pire, accompagnera nos soupers ou nos soirées.

Il n’était donc pas surprenant de voir l’engouement autour du spectacle La Pasion de Buena Vista, qui ait sa pub à partir du groupe original. Tensions entre Albanais et Serbes obligent, l’alcool ne coulait pas à flot, et la sécurité était au maximum.

Pour l’étranger un peu intello, plutôt progressif (et disons-le franchement, un peu snobinard), voir Buena Vista à Mitrovica, c’est à ne pas manquer. C’est plus gros encore que de voir les Cowboys Fringants à Vancouver. Ou Paul McCartney sur les Plaines.

Sauf que… ce n’était pas tout à fait le Buena Vista qu’on attendait. C’était cubain (ça c’est sûr), le groupe comprenait des membres de Buena Vista Social Club (ça aussi, c’est confirmé), mais il manquait quelque chose.

L’autorité et la candeur d’ Ibrahim Ferrer qui n’y étaient pas? Ou était-ce les costumes un peu bling bling de la troupe, ses cuivres trop puissants et ses animations plutôt douteuses?

C’est sûr, la magie de BVSC n’y était pas. Mais une chose était aussi certaine : Buena Vista, à Mitrovica, c’était, pour de nombreux Kosovars, l’occasion de rêver un peu, et, pour quelques heures, de voyager. Loin du Kosovo, de ses pannes d’électricité, de son misérabilisme, et de son futur incertain.

Et pour preuve, partout dans la salle, dispersées à gauche et à droite, des connaissances, qui me donnaient l’impression, dans cette ville plutôt étrange, que j’étais à la maison.

Posted on Thursday, April 16, 2009 at 10:30 by Registered CommenterFrancis Plourde | CommentsPost a Comment

La pension du Professeur

S’il est un endroit que tous les chauffeurs de taxi connaissent à Pristina, c’est bien la pension du Professeur, sur la colline de Velania, à quelques pas de la tombe d’Ibrahim Rugova, président du Kosovo de 2002 à 2006, et leader du mouvement indépendantiste. Un quartier relativement cossu, habité par de nombreux intellectuels. Le Kitsilano de Pristina, en fait.

C’est à la pension du professeur que chercheurs, journalistes et touristes étrangers au (très) petit budget se rencontrent, pour profiter à bas coût de l’hospitalité de cet Albanais qui, au tournant des années 1990, a perdu son emploi et s’est recyclé dans le tourisme.

Mais la pension du professeur, c’est aussi l’endroit où les jeunes couples Kosovars vont joyeusement (et discrètement) décharger leurs batteries, loin de la maison familiale.

Lors de mon arrivée, à la suite d’un malentendu, je me suis d’ailleurs trompé de chambre, et me suis retrouvé nez à nez avec un couple fin vingtaine, la cigarette au bec, s’aérant les parties après une bonne joute de Monopoly.

Car ici, pas vraiment de vie privée. Les jeunes Kosovars restent à la maison jusqu’à ce qu’ils se marient. Et parfois même plus longtemps encore, ce qui tend à calmer les ardeurs, mettons.

C’est une des conséquences de l’apartheid serbe des années 1990, où les Albanais se sont vus mis à la porte des universités, du système public et de la plupart des entreprises. La plupart d’entre eux n’ont pas réussi à se trouver autre chose par la suite, et survivent de petits boulots et de pensions plutôt minimes. Leurs enfants, qui eux, ont un peu plus d'opportunités en terme d'emplois, vont cotiser au loyer et aider leurs parents à survivre.

Tout ça pour dire que la maison du professeur, à Pristina, c’est l’endroit où tout le monde va faire son tricot hebdomadaire sans que ça ne saigne trop le portefeuille, question de préserver la solidarité familiale.

Et qu’à chaque fois que je rencontre quelqu’un qui me demande où je demeure à Pristina, s’ensuit un regard étrange (et un long malaise). Puis, vient inévitablement la question (qui tue) : «Mais pourquoi là?»

Ce à quoi il faut répondre : «Oui, je sais, ça baise au premier étage, mais le troisième est pas mal plus accueillant.»

Posted on Saturday, April 11, 2009 at 05:24 by Registered CommenterFrancis Plourde | CommentsPost a Comment

Un cellulaire kosovar

Obtenu, mardi matin, un numéro (gratuit) de téléphone cellulaire.

Le cellulaire, c’est un outil essentiel pour le jeune Kosovar. Même si le salaire moyen est de 300$ canadiens par mois, et qu’un cellulaire de base neuf peut coûter dans les 50$, tous en possèdent un. Les messages texte sont à la mode, et le signal est bon partout à travers le pays. Pas de boîte vocale, par contre.

Pendant la guerre, les forces de l’Armée de libération du Kosovo, le KLA, utilisaient le cellulaire plutôt que la radio. C’était une des premières fois qu’une armée de guérilla profitait de cet outil facile d’accès. Il faut dire que les forêts du Kosovo se prêtaient bien à son utilisation, contrairement à la Bosnie, où les montagnes qu’on retrouve un peu partout empêchaient la diffusion des ondes.

Pour se procurer une carte SIM (et un numéro), il faut se rendre aux bureaux de PTK, le service postal aussi en charge d'un des systèmes téléphoniques du pays. On doit donner une carte d’identité et on reçoit un numéro en échange, ainsi que des crédit d’utilisation pour cinq Euros.

À Pristina, beaucoup de Kosovars possèdent en fait deux téléphones cellulaires : l’un avec le code 049, et l’autre avec le code 044. Le 049, beaucoup plus récent, est moins cher, mais comme la plupart des gens possèdent le 044, et que faire un appel entre le 044 et le 049 coûte relativement cher, mieux vaut posséder deux numéros. À Mitrovica, on observe une réalité un peu différente. Toujours deux cellulaires, mais l’un avec un numéro serbe, et l’autre, avec un numéro Kosovar.

Comme le Kosovo n’est pas encore un État officiellement reconnu, il ne possède pas de code national. En attendant, le pays squatte gentiment les codes internationaux de Monaco et de la Slovénie. Les lignes fixes, elles, utilisent toujours le code international serbe.

Et pour ceux qui se posent la question : non, mon cellulaire local n’est pas un iphone.

Posted on Friday, April 10, 2009 at 05:18 by Registered CommenterFrancis Plourde | CommentsPost a Comment

Comme une Yugo sur ses derniers milles 

Arrivé, lundi, à Pristina, une ville parfois familière (tiens, l’avenue Bil Klinton, symbole de l’aide américaine de 1999...), parfois déroutante (c'est qu'on s'y perd facilement...) et un peu déstabilisante (« don’t forget, we’re… a transition country » - dixit le propriétaire de ma pension, un petit bonhomme au drôle d’accent, obsédé par la sécurité, et d’une hospitalité à faire rougir même les Turcs les plus fiers).

Côté reportages, tout baigne. Les entrevues coulent à flot à Pristina. Du très bon matériel d’ailleurs, mais qui n'a pas encore trouvé de preneur formel. En fait, en Bosnie, c’est plutôt le contraire : beaucoup d’acheteurs, mais peu de recherches à faire. Ça compense. Tout ça pour dire que je vais peu parler de mes entrevues ici. Ça se fera au fur et à mesure des publications.

Côté blogue par contre, ça s’encrasse un peu. Un peu comme une vieille Yugo sur le point de vivre ses derniers milles. Mais pas par manque de sujets. Manque de temps plutôt. J'ai quelques billets de retard (les roms… les élections macédoniennes). Mais je vous promets du très bon stock (meilleur que du cannabis d’Amsterdam), multimédia au max.

Mais le travail d’abord.

Parlant de Yugo, j’ai croqué quelques bonne photos de Yugo un peu partout en Macédoine. La Yugo, c’est la Lada des anciens Yougoslaves. Une marque destinée à quiconque désire quatre roues et un volant, quel que soit son revenu moyen. Une voiture comme, depuis novembre dernier, on n’en fait plus (les mauvaises langues diront « avec raison ») et dont les ennuis mécaniques se font encore voir un peu partout sur les routes de Macédoine.

Que sera le monde une fois que la dernière Yugo aura rendu l’âme? Je me demande… Il sera, sans aucun doute, un peu meilleur, mais peut-être, aussi, un peu plus gris.

Posted on Wednesday, April 8, 2009 at 06:16 by Registered CommenterFrancis Plourde | Comments2 Comments
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